15 novembre 2022
Je me rends compte que mon carnet de voyage devient un carnet de rencontres. Chacune de mes promenades est une aventure. Je me balade à travers les discussions des amis que je côtoie. Je suis de la vieille école. Quand je dis les amis, c’est plus souvent des amies. Phuket et particulièrement Patong, seul district que je connaisse de cette ile, est un lieu de conjonctions et de hasards. Le hasard ? Demandez à Etienne Klein, le philosophe de l’astrophysique, c’est pas si simple. Il explique que le hasard est un mot d’origine arabe qui signifie « jeu de dés ». En réalité, dit-il, quand vous lancer un jeu de dés, la probabilité que vous tombiez sur tel ou tel chiffre n’est pas le fruit de la chance ou du « hasard » mais celui d’un déterminisme dont nous ne maitrisons pas tous les concepts des interactions physiques qui permettent d’accéder à ce résultat. En gros, tomber sur un double six volontairement pourrait être parfaitement possible scientifiquement. Mais nous en sommes encore loin, sauf pour les tricheurs, bien sûr. Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito, aurait dit Albert Einstein. Heureux hasard ? Vous savez, il faut que je vienne à Phuket pour rencontrer des français sympathiques. Non qu’il n’y en ait pas en France, mais la Thaïlande modifie les esprits. Je me suis fait plus d’amis français en quelques jours ici, que pendant des années à Montpellier. Chris, Patrick, Bernard, Alain, Claude et puis mon Lolo qui prend soin de moi comme d’un frère. Et puis il y a Jess et Déborah, deux jeunes femmes pleines de vie. Quel bonheur de les avoir rencontrées. Des doux moments que je ne n’oublierai pas, et je sais que j’ai leur un peu cassé les oreilles avec mes histoires à l’eau de rose. Toutes polies et bien éduquées, elles m’ont écouté sans sourciller. Enfin, il y a Oam, June, Ess, toutes ces belles personnes d’ici qui donnent envie de rester le plus longtemps possible dans ce pays où mes affres du début de séjour commencent à s’estomper. J’ai changé d’avis. Finalement, hors saison, Patong doit être bien agréable. La mer, les commerces, les marchés, les bars et restaurants, les îles environnantes, il faudrait vraiment être difficile pour ne pas s’y plaire. A une condition : être hors saison touristique. D’où mes réticences du début. La masse touristique d’avant Covid est arrivée. Évidemment, les commerçants, eux, sont heureux. Et c’est bien compréhensible. Trois années de manque à gagner, non compensé par des aides de l’état (contrairement à la France.) Ici, les plus fragiles, nombreux, ont fermé boutique depuis longtemps. Mais, on le dit et c’est vrai, les thaïlandais ne se plaignent pas. Ils acceptent leur condition même s’ils aspirent naturellement à la faire progresser. Je ne dis pas que c’est bien ou mal. C’est un fait. L’influence bouddhiste peut expliquer ce que nous, occidentaux, enfants gâtés de la consommation, de l’individualisme et de la revendication systématique à l’égalité, ne parvenons pas à comprendre. Mon amie June, jeune femme thaïlandaise, qui a eu une jambe arrachée, lors d’un accident, pourrait revendiquer une compensation de l’état, qu’elle n’a pourtant jamais obtenue. Le 8 novembre était le « Loy Kratong Day », le jour où les lanternes éclairées s’envolent par l’air chaud de la flamme et flottent dans le ciel. Elles sont censées éloigner toutes les mauvaises choses en nous. Avec Oam, nous avons allumé une de ces lanternes qui s’est éloignée. Malheureusement, celle-ci s’est enflammée à quelques dizaines de mètres de hauteur. C’était pas bon signe. Voilà, j’aime ce pays parce que j’ai l’impression qu’il m’aime un peu, même sans me connaitre. Ce que je ne retrouve plus en France. Je repousse au fil des jours mon retour vers l’Isaan, région que j’affectionne particulièrement. Mais la facilité de vie dans le sud me rend moins disposé à parcourir les plaines de ces rizières d’un temps devenu soudain aigre-doux et amer. La déception perdure encore et quoiqu’on en raconte, consolation n’est pas encore de mise. A bientôt mes amis.























